Collectif national de résistance à Base élèves

Contre le fichage à l'école

Bastien Cazals perd devant le Conseil d’Etat mais ne baisse pas les bras

Posted by retraitbaseeleves sur 23 mars 2010

(Avec Le Café Pédagogique), 23 mars 2010. — Le Conseil d’Etat a annulé le 17 mars la décision du tribunal administratif de Montpellier du 9 juillet 2009 qui avait suspendu des jours de retrait de salaire infligé au professeur des écoles Bastien Cazals.

Dans une affaire distincte, il avait aussi été sanctionné en septembre pour son refus, en tant que directeur, d’alimenter Base élèves, par la perte de sa fonction de direction. Il envisage à présent de se tourner vers la justice européenne. Figure emblématique de la « résistance pédagogique », fin novembre 2008, Bastien Cazals a écrit à Nicolas Sarkozy pour lui signifier: « j’entre aujourd’hui en résistance parce que je ne peux me résoudre à ce que l’école publique, mon école, ne se préoccupe ni de Victor, ni de Hugo, sans être pour autant en mesure de faire éclore un nouveau Victor Hugo ». Et dans la foulée il s’engageait à ne pas appliquer les programmes Darcos et l’aide individualisée ainsi qu’à alimenter Base élèves, le fichier national des élèves. Pour cela il est victime de retenues sur salaire régulières. C’est pour ce dernier motif qu’on lui a retiré, à la rentrée de septembre, son poste de direction.

Mais en juillet 2009, le tribunal administratif de Montpellier devait casser la décision au motif que l’administration ne peut reprocher à un fonctionnaire un service non fait, tant qu’elle n’a pas précisé elle-même les modalités de ce service. C’est ce que conteste maintenant le Conseil d’Etat qui a jugé que l’administration a établi les modalités d’application de l’aide individualisée. Selon ses soutiens, Bastien Cazals n’est pas découragé. Il envisage de faire appel auprès des instances de justice européenne.

Il invite les enseignants à participer samedi 27 mars, à Montpellier, au Forum sur l’école publique. Sur le thème « enfant aujourd’hui, citoyen demain », cinq débats accueilleront enseignants et parents sur la pédagogie (avec Sylvain Connac, Frédérique Landoeuer etc.), le marché de l’éducation (Nico Hirtt, Sylvain Grandserre), les rythmes scolaires (Hubert Montagner, Claude Lelièvre etc.),  les droits de l’enfant et la résistance pédagogique. Une journée qui marque l’affermissement de ce mouvement.

Il s’exprime dans les colonnes du Café pédagogique.

Où en êtes vous des menaces de sanction qui pèsent sur vous ?

Je prépare un recours gracieux contre les retenues sur salaire qui ont été décidées. L’administration m’a informé qu’une procédure pour sanction disciplinaire était ouverte contre moi mais je n’ai pas encore vu le dossier et je n’en connais pas le motif. Est-ce parce que je désobéis ?

Justement pour certains il est logique, puisque vous désobéissez, que vous soyez puni. Ce n’est pas difficile à vivre cette situation ?

Bien sûr il y a la pression de la hiérarchie. Mais dès le début c’était un acte réfléchi. Je n’étais pas le premier à désobéir et aujourd’hui on doit être un millier. Rien qu’aujourd’hui (le 17 décembre), 380 collègues ont remis à l’inspection académique de Montpellier une lettre où ils se déclarent en désobéissance. Je ne me sens pas seul. L’inspecteur d’académie de l’Hérault, qui s’acharne sur moi, va-t-il pouvoir contrôler et poursuivre 380 personnes ? Devra-t-il faire 380 visites pour constater les faits ? Ca me paraît difficile !

Vous ne vous sentez pas seul ?

Je suis bien entouré. Beaucoup me soutiennent et ça aide à tenir. Mon inquiétude est plutôt pour l’Ecole. Par rapport aux décisions de 2008 et surtout pour ce qui se prépare : la disparition de la carte scolaire, l’évaluation des écoles avec publication des résultats, l’autonomie des écoles, les EPEP, une offre éducative rendue attrayante aux yeux de parents-clients. Une école à coup sur moins égalitaire.

Vous craignez la marchandisation de l’école

Je me méfie des formules toutes faites. Et je sais bien que l’école actuelle ne marche pas parfaitement. Mais j’ai du mal à considérer que la mise en concurrence des écoles garantira un meilleur accès à l’éducation , surtout pour les plus démunis. Contre cela je désobéis.

Comment en êtes-vous arrivé à franchir ce pas ?

On est à peu près un millier dans ce cas. Jusque là on s’arrangeait en enseignant à notre façon dans notre coin, sans rien dire. Mais quand on a vu que quand on fait grève on n’est pas pris au sérieux, qu’on est méprisé même par le président de la République…

Quelle issue voyez-vous à votre affaire ?

L’idéal ce serait que le ministre nous écoute. Mais j’ai peu d’espoir. Je suis fidèle à mes convictions, à un métier que j’ai choisi. Je ne peux pas laisser faire. Il y a quelques mois je souhaitais démissionner. Ca aurait fait un acte fort. Mais j’ai préféré faire autre chose.

Votre acte est désespéré ?

Oui c’est un acte désespéré mais avec le secret espoir que les choses bougent. Face à moi il y a toute une administration avec une idéologie que je connais bien. C’est elle qui nous pousse à une course perpétuelle à la croissance. Je l’ai découverte durant mes études d’ingénieur. Si je suis devenu enseignant c’est justement contre elle…

Propos recueillis par François Jarraud

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