Collectif national de résistance à Base élèves…

contre tous les fichiers scolaires

Bilan des 3èmes rencontres nationales du CNRBE

Posted by retraitbaseeleves sur 17 février 2010

Le CNRBE a organisé les 23 et 24 janvier à Bobigny (Seine Saint Denis) sa 3ème rencontre nationale, qui a réuni une centaine de personnes, venues de toute la France : membres des collectifs locaux, syndicalistes, responsables d’associations de parents d’élèves, avocats, journalistes et enseignants. Voici une synthèse exhaustive de cette journée de travail fructueuse.

Nous résumons ici les travaux issus des discussions et des groupes de travail (la journée d’action sur le fichage et le forum de Montpellier du 27 mars, la campagne de dépot de plaintes du 19 mai, un appel à créer des collectifs localement, et une lettre envoyée aux enseignants pour rejoindre le CNRBE), en particulier nos travaux sur les autres traitements informatiques de l’éducation nationale, dont Sconet pour le 2nd degré, les ENT (espaces numériques de travail), et surtout la récente expérimentation du « livret de compétences ». Enfin, nous présentons succinctement les interventions de notre table ronde sur le fichage des enfants et le contrôle social. [Mise à jour: des vidéos de quelques interventions sont disponibles sur ce site.]

Travaux issus des discussions et des groupes de travail

 

– Communiqué de presse diffusé le 24 au soir par le CNRBE

 

– Journée nationale d’action et d’information sur le fichage des enfants: 27 mars 2010

 

Le CNRBE appelle à participer à une journée nationale d’action contre le fichage des enfants le samedi 27 mars. Il invite parents, enseignants, citoyens, collectifs locaux, syndicats, associations à s’emparer de cette journée afin d’organiser toutes sortes d’actions, de manifestations, de débats, de soirées de soutien. Evénements à signaler:

  • Forum citoyen pour une école publique, laïque et solidaire, de 10h à 19h à l’Espace Chaptal de l’Hôtel de Ville de Montpelliervoir le programme ici (.pdf).
  • Festival Raison d’agir (Poitiers du 25 au 27 mars), le vendredi 26 à 14h30 aura lieu une table ronde intitulée «Enfance, jeunesse, école»voir le programme complet.

 

– Nouvelle campagne nationale de dépôts de plaintes: le 19 mai 2010

Suite au succès de la première journée du 9 décembre (près de 700 nouvelles plaintes enregistrées dans plus de 20 départements – plus de 1800 au total dans toute la France), le CNRBE renouvelle l’expérience en mai prochain. C’est le SAF (Syndicat des avocats de France) qui est le partenaire du CNRBE dans cette campagne. Une délégation de 5 avocats du SAF étaient présents à Bobigny. Centralisation des informations sur cette page.

 

Appel à créer des collectifs (30 janvier)

Le fichage des mineurs, l’exemple de Base élèves (11 février)

– Lettre du CNRBE aux enseignants (16 février)

A propos de Sconet – des Environnements numériques de travail (ENT) – et du Livret de compétences

Dans les établissements du second degré, Sconet (Scolarité sur le Net), est la nouvelle application informatique nationale multiforme généralisée en 2006 à tous les EPLE de l’enseignement public. Elle remplace l’application « Gestion des élèves et des Personnels » (GEP) et regroupe un nombre toujours plus grand d’applications. Elle comporte de nombreux renseignements nominatifs pour la gestion administrative, la gestion des notes, des absences. Les données sont stockées dans une base de données interne à l’établissement (la base élèves établissement). Certaines de ces données nominatives sont régulièrement transférées vers une base de données gérée par le rectorat (la base élèves académique).

Par ailleurs, on assiste au développement des environnements numériques de travail (ENT) et des livrets de compétences, appelés à se généraliser dès le premier cycle.

L’un des buts affichés des ENT est de favoriser l’implication des parents dans l’école. Munis d’un mot de passe différent de celui de leur enfant, ils peuvent se connecter à tout moment et ont accès, outre le cahier de texte en ligne ou le contenu des cours, aux notes, punitions et absences de leur enfant (arrêté du 30 novembre 2006).

Une évaluation par compétences se met en place dans le système scolaire. Depuis quelques années, la validation des compétences en informatique s’effectue directement en ligne par l’intermédiaire de l’application Gibii installée sur des serveurs académiques. Ce système va être généralisé à toutes les compétences du socle commun.

Le livret de compétences est un super CV numérique, dans lequel sont enregistrées toutes les compétences validées par l’élève. Mais il est également prévu d’y faire apparaître des compétences extra scolaires, par exemple musicales ou sportives, mais aussi relevant de la vie privée ; ainsi l’enfant est incité à indiquer s’il s’occupe d’un grand parent malade, s’il aide son petit frère à faire ses devoirs ou encore s’il effectue des démarches administratives pour ses parents (circulaire n° 2009-192 du 28-12-2009).

Ce livret de compétences suit l’enfant tout au long de son parcours scolaire. Il est prévu qu’il puisse être intégré au «passeport orientation et formation», dont toute personne entrant dans le monde professionnel va dorénavant être dotée (Loi n° 2009-1437 du 24 novembre 2009 «relative à l’orientation et à la formation professionnelle tout au long de la vie»).

Pour sensibiliser parents et enseignants, il est proposé de rédiger un tract développant les points suivants :

  • Perte de la maîtrise de la diffusion des informations (les parents ne savent pas où sont stockées les données concernant leur enfant, qui peut y accéder)
  • Dévalorisation du rôle de l’enseignant par l’évaluation par compétences. Via les ENT, contrôle de son travail par les parents mais également par sa hiérarchie.
  • Dévalorisation du rôle des parents. On leur donne l’illusion de s’impliquer dans l’école en ayant accès en permanence aux résultats de leur enfant. Dans les faits, ce système leur impose un mode de relations à l’école et à leur enfant basé sur la méfiance, la surveillance.
  • Soumis au contrôle permanent, l’enfant est déresponsabilisé. Il est formaté par un système auquel il ne peut échapper et qui, loin de lui permettre de trouver son chemin, le place dès le plus jeune âge dans la perspective de son entrée dans le monde du travail.

En complément d’information, lire notre page Sconet et autres fichiers de l’Education Nationale.

[videos] Table ronde autour de publications concernant le fichage de l’enfance et le contrôle social

Le CNRBE a invité plusieurs auteurs qui ont travaillé sur la jeunesse et l’enfance afin de partager avec eux nos inquiétudes sur les cas de fichage flagrants ou potentiels. Voici un résumé de leur intervention et les références de certains de leurs ouvrages.

Dans le centre d’observation des mineurs de la rue de Crimée (à Paris), de nombreux renseignements, a priori anodins, étaient collectés par plusieurs personnes… dont « religion déclarée », qui était parfois « israélite » ou « juif » (en rouge) mais c’était des renseignements dits de routine. De 1941 à 1944, 2 404 adolescents, dont 54 juifs ou désignés comme tels, sont passés par le centre d’orientation, sur ordre de juges d’instruction parisiens. Jean-Luc Einaudi a retrouvé trace de la déportation de 20 d’entre eux. Il faut toujours s’interroger sur les finalités d’évènements qui, pris isolément, paraissent anodins mais qui peuvent devenir nuisibles aux personnes.

  • Françoise Dumont (Vice-présidente de la LDH) – auteur de « Le rat, l’ogre et les écureuils » et co-auteur du rapport annuel de la LDH, « Une société de surveillance » (La Découverte, 2009)

Le gouvernement cherche à généraliser le fichage des enfants dès le plus jeune âge, alors que la transmission et la centralisation de données nominatives, durables et susceptibles d’interconnexion ne sont pas justifiées par l’exécution des missions de service public.

De plus le discriminatoire s’ajoute au généralisé, avec le repérage par géolocalisation des élèves décrocheurs et la détection des enfants migrants en situation irrégulière.

La répression et le recours à l’enfermement des mineurs augmente (centres éducatifs fermés, établissements pénitentiaires pour mineurs, centres de rétention), alors que selon l’article 37 de la Convention internationale des droits de l’enfant, « nul enfant ne doit être privé de liberté de façon illégale ou arbitraire : l’arrestation, la détention ou l’emprisonnement d’un enfant doit être en conformité avec la loi, n’être qu’une mesure de dernier ressort et être d’une durée aussi brève que possible ».

Dans le même temps, la volonté du gouvernement de casser les contre-pouvoirs est caractéristique d’une mainmise sur l’opinion : suppressions de la Défenseure des enfants, de la commission nationale de déontologie de la sécurité et des subventions aux associations.

Lire aussi l’intervention de la LDH auprès de la rapporteuse spéciale sur la situation des défenseurs des droits de l’Homme des Nations unies, concernant les directeurs d’école de l’Isère menacés de sanction pour refus de BE.

Voir des vidéos de son intervention.

On assiste à une remontée des pensées déterministes et génétiques. L’utilisation d’outils liés au comportement est un levier pour organiser un tri précoce des enfants. Par exemple, le questionnaire-jeu « Le Dominique interactif » de M. Valla, questionnaire standardisé qui prétend que dépister les troubles de santé mentale ça prend 30 minutes. Dans le même ordre d’idée, il y a dans les écoles des questionnaires PMI avec des items « rit, pleure, a l’angoisse de la séparation etc… ». Dire qu’on va sauver les petits pauvres grâce à leur dépistage n’est que mensonge. Il se fait une évolution du curatif vers le prédictif, au nom de l’intérêt de l’enfant et sous couvert de la science. La science est un prétexte, argument utilisé pour effectuer tous ces tris. Tris qui aboutissent à un étiquetage : or l’enfant s’identifie à ce qu’on dit de lui, et encore plus à ce dont on a peur pour lui qu’à ce qu’on désire pour lui. Ces tests sont donc pathogènes. Il faut au contraire laisser ouvert l’éventail des possibles, du passé vers le futur, en accompagnant l’enfant dans le présent. Si on fait croire à l’enfant que le futur est écrit, on écrase sa confiance et son désir d’avenir. Les pseudo études de comportement (a craché sur la maîtresse à 6 ans, était agité à 4 ans, était stressé à 2 ans, a une mère célibataire qui fume…) n’ont pas de valeur scientifique et relèvent de la boule de cristal, dans le seul but de prédire les comportement « dangereux pour la société ». Les phases de déconstruction de son monde proche sont des étapes pour l’enfant vers la construction de son identité et de son rapport au monde, et pas forcément des signes annonciateurs de violence.

– Lire aussi l’interventionde Sylviane Giampino aux Rencontres de l’école maternelle les 30 et 31 janvier 2010.

Bruno Percebois dénonce deux approches dangereuses concernant les enfants en difficulté :

– Une approche stigmatisante : selon la Loi de prévention de la délinquance, les gens qui ont du mal à s’intégrer sont dangereux.

– Une approche prédictive : voir le rapport Benisti et le rapport de l’INSERM.

Dans le secteur de l’enfance aussi on assiste à une tendance à l’accumulation de données, qui donnent lieu à des liens statistiques qui ne veulent pas dire qu’il y a forcément causalité.

L’interconnexion est une tentation à laquelle peu résistent. La loi Perben II permet à la police, dans le cadre d’enquête préliminaire (suspicion sans faits avérés) d’avoir accès à tous les fichiers administratifs.

Réécriture de la Guerre des boutons comme si c’était aujourd’hui. La bienveillance que l’on montre à cet écrit qui date de 1912, montre que la violence de l’enfant est aussi fonction du regard de l’adulte.

Rencontre avec des policiers, des juges, des médecins, des éducateurs et autres psys, qui tous travaillent avec des mineurs, pour comprendre comment ils réagiraient aujourd’hui face à de tels comportements. Sombre constat de la façon dont notre société répond au “problème de la jeunesse”. Depuis un siècle, et contrairement à une idée bien entretenue, le problème ne réside pas dans l’accroissement de la violence des jeunes mais plutôt dans notre incapacité d’y faire face en dehors du recours à des institutions toujours plus répressives.

Voir des vidéos de son intervention.

La section de Clermont-Ferrand de la Ligue des droits de l’Homme s’interroge au sujet d’un projet intitulé Apprendre à Mieux Vivre Ensemble (AMVE) qui se déploie sur plusieurs académies. Derrière cette appellation consensuelle se profile une opération complexe, très problématique par certains aspects, déjà un peu ancienne (2003 en Auvergne) et en voie de généralisation à l’ensemble des académies du territoire. Bien que les questionnaires ne portent pas le nom des élèves, elle demande :

  • L’arrêt de l’enregistrement de données d’évaluation des « attitudes » des enfants à l’école.
  • Le retrait du questionnaire « Mon école et moi » qui peut avoir des répercussions sur les enfants et des questionnaires HBSC en collège.
  • La destruction des centaines de réponses au « Questionnaire d’évaluation des comportements à l’école » qui ont été enregistrées par la première version AMVE.
  • La limitation de l’opération AMVE au développement des connaissances, des « compétences », et des environnements favorables à l’éducation, sans y intégrer la « prévention de la violence ».
  • L’absence de toute identification de la classe ou de l’école dans l’enregistrement des données sur le « climat d’école ».
  • Une référence explicite à des actions qui concernent le fonctionnement de la classe et de l’école et à la responsabilité des adultes en ce domaine.
  • Un découplage entre les actions AMVE et les interventions médicales et d’éducation à la santé.
  • Un complet respect de la loi informatique et libertés (Déclaration à la CNIL des traitements informatiques des données AMVE).
  • La déclaration des enquêtes statistiques AMVE au Conseil National de l’Information Statistique.

Lire l’Appel original de la LDH Clermont-Ferrand (fichier .pdf). Contact : ldhclermont.gtamve(at)orange.fr

Voir des vidéos de son intervention.

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Le CNRBE tient à remercier la mairie de Bobigny pour son accueil et son aide précieuse.

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2 Réponses to “Bilan des 3èmes rencontres nationales du CNRBE”

  1. […] qui, comme Base élèves, va sans doute être pérennisée en douce. Le CNRBE a découvert en effet une circulaire de décembre 2009, relatif à un «livret de compétences», sorte de super […]

  2. […] Les vidéos de la Rencontres nationale du CNRBE (23 et 24 janvier 2010 à Bobigny) sont en partie accessibles à partir du lien suivant: Vidéos […]

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