Collectif national de résistance à Base élèves…

contre tous les fichiers scolaires

L’école et le retour des « déterminismes »

Posted by retraitbaseeleves sur 2 février 2010

Sylviane Giampino, psychanalyste spécialiste de la petite enfance, auteure avec la neurobiologiste Catherine Vidal du livre « Les enfants sous haute surveillance » (Albin Michel), était l’une des invitées du CNRBE lors de ses rencontres de Bobigny. Nous reproduisons ici le résumé d’une intervention qu’elle a présenté lors des rencontres de l’école maternelle les 30 et 31 janvier, relayées dans un dossier du site Café pédagogique.

« Si les apports de la sociologie des années 80 nous ont aidés à comprendre les difficultés spécifiques de certains élèves, on voit aujourd’hui enfler les approches d’intervention publiques qui ciblent des populations « à risque », avec leur lot de clignotants ou de prévention la plus précoce possible ». (…) « tout se joue avant (six ans, trois ans, deux ans, six mois…) » dont la forme la plus perverse est le dépistage toujours plus précoce des comportements déviants, au nom de la protection des enfants. « C’est le cheval de Troie du contrôle des enfants et des familles ». (…)

Le temps, contre les présumés déterminismes

Sylviane Giampino

Au coeur de la thèse de la co-auteure de « Nos enfants sous haute surveillance », une grande inquiétude : le retour du biologique comme outil explicatif des difficultés des enfants. Or, pose-t-elle, la manière dont chaque enfant construit les moyens de dépasser es difficultés dépend de la capacité du monde qui l’entoure à ne pas savoir ce qui va lui arriver, ce qu’il va devenir.

Le second déterministe qui l’inquiète est sociologique, avec le retour en force de l’idée que certaines classes sociales serient pathogènes. « Si les apports de la sociologie des années 80 nous ont aidés à comprendre les difficultés spécifiques de certains élèves, on voit aujourd’hui enfler les approches d’intervention publiques qui ciblent des populations « à risque », avec leur lot de clignotants ou de prévention la plus précoce possible ».

Le troisième déterminisme pourrait se résumer aux multiples « tout se joue avant (six ans, trois ans, deux ans, six mois…) » dont la forme la plus perverse est le dépistage toujours plus précoce des comportements déviants, au nom de la protection des enfants. « C’est le cheval de Troie du contrôle des enfants et des familles ».

Pour elle, le développement parallèle de la notion de « troubles », issu des classifications des maladies mentales mises au point par les associations américaines de psychiatrie, s’oppose à la tradition psychiâtrique française (notamment le DSM-IV)

Ainsi, le « trouble des conduites », qui était au centre du controversé rapport de l’INSERM, serait prédicteur des futurs comportements sociaux. Elle égrenne devant la salle supsendue à ses lèvres les critères listés dans le référentiel pour l’observation à trois ans : « impulsivité, moralité affective basse, forte recherche de nouveauté, absence de fatigabilité… ». Elle poursuite avec ceux qui définissent les « TOP » (Troubles avec Opposition et Provocation) (« refus d’obéissance, méchanceté »), ou le TDAH (« problèmes d’attention, de concentration, hyperactivité »). « Ce sont les signes qu’on veut faire porter les fréquents écarts de conduite sur les « sujets à risques » jugés déviants. Elle ajoute la montée des « dys » avec leur soubassement neuro-biologique, qui « va à l’encontre de la « plasticité cérébrale » dont on connait aujourd’ui l’extrême puissance »…

De la prévention au dépistage

Les institutions, en développant les « questionnaires comportementaux », sous couvert de bonnes intentions, ont de plus en plus tendance à réduire la prévention au dépistage. Pire, pour S. Giampino, on standardise les observables avec des outils qu’on prétend faire utiliser par des personnels non-qualifiés. « Les professionnels du soin, de l’accueil et de l’éducation, assis sur leurs métiers et leurs histoires institutionnelles, se retrouvent ravalés à un tronc commun « opérateurs d’outils », agent des triages précoces ». On voit même des tests arriver sous forme de jeux électroniques interactifs, comme « Dominique interactif » fabriqué par Vallat et Cauvez, propagandistes de ces idées. « Des méthodes avec des marionnettes sont en tests pour venir intervenir dans les classes et les centres sociaux, avec la grande illusion du conditonnement précoce. » Or, ce qui fait autorité, c’est ce qui fait sens. « A force d’encaisser, l’élève risque d’être un jour obligé au contraire de décaisser, de passer à l’acte ».

Au contraire, pour elle, « l’enfant se construit sur ce qu’on désire pour lui. C’est pourquoi je pense que toutes les théories anxiogènes pour les parents sont pathogènes pour les enfants. » Elle invite les pédagogues à se méfier du retour des outils de managements des années 70 : contrats, projets personnalisés dans lesquels on croit qu’on prend les élèves capables de s’engager dans des « contrats ». Or, un élève n’est pas d’égal à égal avec l’adulte, encore moins avec l’Ecole, et ne peut contractualiser, ne serait-ce que parce qu’il n’a aucune la possibilité de demander à sortir du contrat. Mais surtout, on lui laisse croire qu’il pourrait être un sujet autonome, capable de discipliner sa propre pensée, de contrôler consciemment ce qui la plupart du temps lui échappe. A faire trop signer d’engagement, on organise le futur effet de culpabilisation qui sera le substrat d’éventuelles dépressions… « Ils veulent bien faire, être conformes aux attentes des adultes. Mais nos attentes ne sont pas que conscientes, et certaines sont paradoxales »…

Concluant ses propos, elle invite les professionnels et les familles à nouer de nouvelles alliances : « vous êtes, nous sommes dans la même galère, dans une société qui dévalorise à ce point les rapports humains et les temps longs nécessaires aux apprentissages. »

Article original

Publicités

Sorry, the comment form is closed at this time.

 
%d blogueurs aiment cette page :