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Erwan Redon: «Enseignant réfractaire, je risque l’exclusion de l’Education nationale»

Posted by retraitbaseeleves sur 11 juin 2009

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Erwan lors d’une manif à Grenoble en soutien au directeur Jean-Yves Le Gall menacé de perdre son poste à la rentrée 2009

-> Lire ici le communiqué de presse du 1er juin publié sur le site internet de son comité de soutien. Signez la pétition de soutien.
-> Rassemblement le 7 juillet 2009 à 14h devant l’école des Convalescents, 13 rue des Convalescents 13001 Marseille. Le matin à 11 heures, conférence de presse.

Par Erwan Redon
Publié le 06/10/2009 sur Rue89.com

« Professeur des écoles depuis 1999, je suis en poste à Marseille depuis 2004. Ma classe est ouverte aux visiteurs. On y voit de la vie. Ses jours sans et ses jours avec. A l’image du groupe d’individus qui la façonnent courageusement, cloisonnés à 22 dans leur 35 metres carrés de ZEP « ambition réussite ». Il y a de l’humain là-dedans. Ça bouillonne, pense, réfléchit, organise, agit, besogne, apprend et… castagne ! Le taylorisme éducatif que l’on veut nous imposer n’a que faire avec la lente évolution tortueuse des être que nous sommes… Calibrage et sélection, pour un marché éducatif efficient.

L’éducateur n’est pas la machine adaptée à cette chaîne manufacturée d’enfants. Je me refuse donc à :

  • collaborer à la construction d’un rapport au savoir compétitif (refus du cadre des évaluations nationales, pas de l’évaluation en générale)
  • une stigmatisation des élus, les bons d’un côté et les faibles de l’autre, ceux des heures sup d’aide personnalisée (trente-deux jours de retrait de salaire pour ne pas l’avoir appliquée « comme il faut »)
  • laisser dénoncer les familles sans-papiers (sanction sur dénonciation de ma directrice)
  • porter la responsabilité du « fichage d’une génération » comme enseignant et comme parent (base-élèves)
  • supporter l’augmentation des effectifs par classe obligeant, de fait, à ne plus laisser les enfants libres de leurs mouvements, pratique primordiale pour les apprentissages et la vie en groupe comme l’ont démontré de nombreux pédagogues, dont un des plus connus est Célestin Freinet. D’autres poursuivent la recherche vers une « école du troisième type », sans qu’on les entende, sans que l’administration ne cherche même à les comprendre.

Je ne suis qu’un pauvre petit enseignant de rien du tout. Ni la culture d’un Meirieu, d’un Frackowiac, l’inventivité d’un Freinet ou la plume « désobéisseuse » d’un Refalo.

Mais quelques sentiments qui me font dire non. Si fonctionnaire je suis devenu, en acceptant une part de contrainte, ce n’est pas pour autant que je considère que je dois obtempérer devant tout ordre quel qu’il soit.

Le chef préfère répondre par des convocations, des brimades

Dire non aux injustices, aux aberrations du quotidien scolaire, c’est refuser une somme de petites choses qui forment un tout hypocrite de l’école, invisible des passants, camouflée derrière la grille républicaine.

Mais ça vaut rappel à l’ordre de la part du hiérarque patenté dont la compétence ne lui permet pas de reconnaître ses erreurs, humblement, pour donner raison aux praticiens de terrain. Le chef préfère répondre par des convocations, des brimades et surtout en faisant peur, pour mieux contrôler ce qui ne devrait pas l’être …

C’est bien parce que ce contrôle relève d’un cumul de fonctions impossibles (administratif, formation, évaluation) que je suis entrée dans une action syndicale de refus des procédures d’inspection, reconnue par une note de service de 1983.

Il semble cependant que mon inspecteur d’académie n’apprécie guère le droit et que ses ouailles zélées, par ambition ou sous pression, officient aux doigts et à l’œil du hiérarque.

Dans notre chère maison, notre patron lorsqu’il n’est pas content de nous, porte l’estocade, nous impose le lieu, et à la fin de l’envoi pointe son inquisition suprême par-dessus les commissions ad hoc qui ne sont que consultatives.

A l’académie, le patron est aussi le juge

Patron, accusateur et juge à la fois… En façade pourtant, la hiérarchie jurera, ô grand dieu démocratique, que tout un chacun est libre de pratiquer telle ou telle pédagogie… Elle est alors capable de s’appuyer sur les enfants pour imposer son directoire.

C’est ainsi qu’elle me refusa un mois avant, l’organisation d’une classe de neige et d’une classe verte.

« Je ne peux engager ma responsabilité pédagogique, n’ayant pu voir l’enseignant dans sa classe », a stipulé l’inspecteur de circonscription dans le premier cas. « Les évaluations des apprentissages [pendant la classe verte ( ! )] manquent de précisions », a fait valoir un autre inspecteur pour le second projet, mis en place en commun avec une collègue de l’école. A chaque fois, les parents de ces écoles situées en zep m’avaient pourtant donné leur confiance.

Etonamment, trois ans plus tôt, n’ayant pas encore dénoncé ces modalités d’inspection, je fus autorisé à partir en classe verte…

Bien que syndiqué dans une petite structure (Udas), « enseignant-chercheur » au sein des Creps, participant activement aux collectifs CNRBE contre base élèves, au Resf 13, malmenant l’orientation d’une FCPE 13 que ne reconnaîtrait pas la fédération Kornec des débuts, c’est avant tout sur le refus des petites accointances quotidiennes que s’effectuent mes oppositions, petites sommes d’un tout mûrement programmé sur les sommets du marché.

Griefs multiples et désobéissance tous azimuts

Ma désobéissance est multiple car les griefs le sont. A tout choisir, je refuse. J’ai pris le parti des enfants, de leur avenir à tous, quitte à me prendre les coups de spécialistes administratifs, que je ne peux laisser faire lorsqu’il m’intime l’ordre de scier la branche d’un futur plus humain.

Cet avenir, nous le construisons, le façonnons aux antipodes d’une lutte des uns contre les autres, au profit de la collégialité, de l’échange, de la coopération, de l’émancipation.

« Trop se pencher sur eux, c’est la meilleure position pour recevoir un coup de pied au derrière » disait Fernand Deligny. Je ne peux prendre ce risque car, ils frappent dur, les mômes.

C’est pour cela que petit ramoneur de rien du tout, je préfère risquer de prendre les coups de ceux d’en haut, déshumanisés. C’est peut-être idiot, d’un autre temps, mais j’aimerai pouvoir croiser ces minots et les miens lorsqu’ils seront adultes sans avoir à changer de trottoir…

Une histoire de fond, de bas fond. Bienvenue au carnaval des animaux.»

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